Un auxiliaire du jardin sous-estimé et menacé #
Il arpente votre jardin à la tombée de la nuit, trottinant entre les massifs et sous les haies. Le hérisson d’Europe, avec sa silhouette ronde hérissée de piquants, est l’un des mammifères sauvages les plus familiers de nos campagnes et de nos villes. Pourtant, ses populations déclinent de manière préoccupante depuis plusieurs décennies.
En France, le hérisson est classé espèce protégée depuis 1981. Malgré cette protection légale, on estime que ses effectifs ont chuté de 70 % en vingt ans dans certaines régions européennes. Comprendre cet animal attachant, c’est déjà contribuer à le protéger.
Un appétit redoutable au service du jardinier #
Le hérisson est un insectivore vorace dont le menu ravit les jardiniers. Limaces, escargots, chenilles, larves de hannetons, mille-pattes et vers de terre constituent l’essentiel de son alimentation. Un seul hérisson peut engloutir jusqu’à 70 grammes d’invertébrés par nuit, ce qui en fait le meilleur anti-limaces naturel qui existe.
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Contrairement aux granulés chimiques anti-limaces, le hérisson ne pollue ni le sol ni la chaîne alimentaire. Il travaille gratuitement, silencieusement, et ne prend jamais de vacances entre avril et octobre. Son efficacité est telle que certains maraîchers biologiques cherchent activement à attirer les hérissons dans leurs parcelles.
Son odorat remarquable lui permet de détecter une larve enfouie à trois centimètres sous terre. Ses petites pattes griffues creusent alors rapidement pour atteindre sa proie. Ce comportement de fouisseur contribue également à aérer le sol superficiellement, un bénéfice supplémentaire pour votre jardin.
Le cycle de vie fascinant du hérisson #
Le hérisson européen hiberne de novembre à mars, période pendant laquelle sa température corporelle chute de 35 à 5 degrés et son rythme cardiaque passe de 190 à 20 battements par minute. Cette torpeur hivernale lui permet de survivre à la saison froide, où ses proies se raréfient.
Pour hiberner dans de bonnes conditions, le hérisson doit avoir accumulé suffisamment de réserves graisseuses. Un hérisson pesant moins de 600 grammes à l’entrée de l’hiver a peu de chances de survivre. C’est pourquoi les individus nés tardivement en saison sont particulièrement vulnérables.
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La reproduction a lieu entre mai et septembre. Après une gestation de 35 jours, la femelle met bas entre quatre et six petits, aveugles et couverts de piquants blancs et mous. Les jeunes hérissons quittent le nid vers l’âge de six semaines, encore fragiles face aux multiples dangers qui les guettent.
Les menaces qui déciment les populations #
La première cause de mortalité du hérisson reste le trafic routier. On estime que plusieurs centaines de milliers de hérissons sont écrasés chaque année sur les routes européennes. Leur réflexe de mise en boule, efficace contre les prédateurs naturels, est malheureusement fatal face à un véhicule.
Les pesticides représentent la seconde menace majeure. En éliminant les insectes dont le hérisson se nourrit et en empoisonnant indirectement l’animal par bioaccumulation, les traitements chimiques des jardins et des cultures lui sont doublement néfastes.
D’autres dangers, souvent méconnus, guettent le hérisson dans nos jardins :
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- Les robots tondeuses, qui fonctionnent souvent la nuit, blessent gravement ou tuent les hérissons surpris en train de se nourrir sur la pelouse.
- Les piscines et bassins sans rampe de sortie deviennent des pièges mortels pour ces petits nageurs qui s’épuisent rapidement.
- Les filets de protection des cultures ou les grillages lâches piègent les hérissons qui s’y empêtrent.
- Les feux de tas de branches ou de feuilles abritent souvent des hérissons en hibernation. Vérifier systématiquement avant d’allumer est vital.
Comment accueillir un hérisson dans votre jardin #
Attirer et maintenir une population de hérissons chez vous demande quelques aménagements simples mais déterminants. Le plus important est de lui permettre de circuler : les clôtures hermétiques qui quadrillent nos lotissements fragmentent mortellement le territoire du hérisson, qui parcourt entre un et deux kilomètres chaque nuit.
Percez un passage de 13 centimètres de diamètre au bas de votre clôture et encouragez vos voisins à faire de même. Ce simple geste, adopté par le mouvement Hedgehog Street en Grande-Bretagne, a permis de stabiliser certaines populations locales.
Offrez-lui le gîte en laissant un tas de feuilles mortes et de branchages dans un coin tranquille. Vous pouvez aussi installer un abri spécifique, une simple caisse en bois retournée avec une entrée de 12 centimètres, protégée de la pluie et orientée à l’opposé des vents dominants.
Pour le couvert, bannissez les pesticides et laissez la nature faire. Si vous souhaitez compléter son alimentation, proposez des croquettes pour chat ou de la pâtée, mais jamais de lait de vache ni de pain, qui provoquent des troubles digestifs graves.
Le hérisson ne demande pas grand-chose : un passage dans la clôture, un tas de feuilles et un jardin sans poison. En échange, il veille sur votre potager avec une efficacité qu’aucun produit chimique n’égalera jamais.
Accueillir un hérisson, c’est renouer avec une cohabitation ancestrale entre l’homme et la nature. C’est accepter qu’un jardin vivant vaut infiniment plus qu’un jardin stérile. Et c’est, peut-être, retrouver l’émerveillement simple d’apercevoir, un soir d’été, cette petite boule de piquants traverser votre pelouse d’un trot décidé.